17/12/2014

????????? 61

            Deux étés et deux hivers passèrent. Eric allait bien si ce n'est qu'il continuait à évoquer régulièrement le départ de "Mame". Durant cette période, il dut, à nouveau, être hospitalisé pour une bégnine intervention réalisée néanmoins sous anesthésie générale.

Cette fois, la direction de l'établissement les avertit qu'elle n'avait plus la possibilité de déléguer un membre du personnel auprès de lui pour le rassurer et faire la liaison avec le personnel hospitalier, comme cela avait toujours été le cas précédemment. Probablement confronté au même problème que certains gestionnaires de l'Etat, aux "Acacias", l'heure de la plus stricte austérité avait sonné et elle était appliquée à la lettre (cœur et raison ont rarement fait bon ménage !). Il n'était cependant pas nécessaire de convaincre Sylvain et Céline, ceux-ci, par le passé, avait toujours accompagné Eric, tant lors de son accident aux "Jours Meilleurs" que lors de l'intervention à la "Villa des Rêves" ou encore au moment de l'opération et de la chimiothérapie subies quelques années auparavant. Comment en aurait-il pu être autrement ?

Cette attitude nouvelle les inquiéta. Que se passerait-il s'il devait être hospitalisé en urgence, au départ des "Acacias" ? Laisserait-on partir seul un autiste incapable de participer à une anamnèse pour définir ce dont il souffrait, pour expliquer ce qu'il ressentait ? Ne risquait-il pas d'être angoissé en se retrouvant en compagnie d'un ambulancier et de personnes inconnues au sein de l'institution hospitalière ? De nombreuses questions qui, hélas, allaient bientôt trouver un triste écho !

Tout cela survint au début de l'été ! Rien ne laissait présager que...

La voix de Sylvain s'étrangla, plus un mot ne pouvait sortir de sa gorge. Ils arrêtèrent, à cet instant, leur récit, des larmes noyaient leur regard, ils fixaient un point imaginaire évitant de croiser le mien. Sylvain avait pris la main de son épouse comme dans un geste de soutien mutuel. Je compris qu'il ne fallait pas insister, la douleur était encore trop vive, je pensais qu'il valait mieux jeter un voile pudique sur un chagrin bien compréhensible !

Notre très longue conversation débutée quelques jours plus tôt prenait fin. Le couple se leva et me quitta en s'excusant de ne pouvoir rester. Aborder le dernier chapitre semblait bien au-delà de leurs forces.

C'est un de leurs amis qui me donna quelques renseignements complémentaires et me permit ainsi d'inscrire le mot fin à cette histoire.

Un diagnostic influencé par son état autistique a mis ceux qui le soignaient sur une fausse piste et n'a pas permis de révéler un mal latent qui allait soudainement l'emporter. Eric repose désormais au cimetière ! Il paraît que, pendant des mois, Sylvain et Céline sont allés tous les jours sur sa tombe. Lors de ses funérailles, des centaines de personnes s'étaient rassemblées afin de les soutenir dans cette douloureuse épreuve. Ils furent ainsi entourés des éducateurs des "Brindilles" et des "Jours Meilleurs". Le docteur Lambert était présent comme il l'avait été depuis le premier jour du traitement. Le directeur des "Jours Meilleurs" dressa au cours de la cérémonie, le portrait émouvant d'un Eric qu'il avait côtoyé et apprécié durant treize années. Le personnel des "Acacias" vint, en très grand nombre, rendre un dernier hommage à celui qui, par son sourire et sa bonne humeur, avait su conquérir le cœur de la presque totalité de ceux qui croisèrent sa route au sein de l'établissement. Tous les visages étaient graves. Une profonde tristesse plombait l'assistance.

Je compris que pour Sylvain et Céline, désormais, il y avait un vide immense qui ne serait jamais comblé. Eric avait été le lien indéfectible qui les unissait, il leur avait apporté son sourire même au sein des pires épreuves, il avait été une préoccupation permanente, il les avait souvent fait rire et parfois pleurer, en un mot : il avait donné tout son sens à leur existence. Privés de ce seul but : le rendre heureux malgré sa maladie, ils erraient désormais, comme dans un brouillard, à la recherche d'un bonheur définitivement perdu !

Profondément ému par leur récit, j'ai tenté, peut-être maladroitement (et je prie le lecteur de m'en excuser), de le restituer au travers de ces quelques lignes. Cette histoire se veut être un message d'espoir pour ceux et celles qui sont en proie au doute ou au désespoir face à la venue d'un enfant handicapé. Il y a toujours des solutions, il y a des traitements qui seront encore améliorés et il existe un monde médical attentif à ce type de problème. Qu'ils sachent qu'il y a une quantité insoupçonnable de personnes qui consacrent leur vie à accompagner, avec tendresse et professionnalisme, la personne handicapée... mais l'Amour que les parents portent à cet enfant reste sans aucun doute le plus puissant des remèdes et rien ne pourra jamais le remplacer.

FIN

T.S. décembre 2014. Toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord  de l'auteur

 

14:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.