04/12/2014

Le retour des beaux jours ! 50

             L'été et l'automne passèrent. L'état psychologique d'Eric s'améliorait, on commençait à retrouver le garçon enjoué, riant de bon cœur et sachant faire de petites plaisanteries aux éducateurs ou à ses parents. Seul bémol à cette analyse, le moment des repas restait une période difficile. Régulièrement, on le sentait devenir plus nerveux, plus agressif parfois. Allant jusqu'à écarter violemment son assiette, il n'acceptait aucune remarque, principalement celle concernant le fait de manger trop vite, une mauvaise habitude apparue durant son séjour à la "Villa des Rêves". Le personnel qui l'encadrait au sein de son groupe de vie parvenait cependant à canaliser ces brèves montées d'angoisse en dialoguant avec lui et, quelques instants plus tard, il retrouvait son calme. L'apaisement s'installait peu à peu mais, sous la croûte refroidie, on pouvait encore percevoir le bouillonnement d'une lave prête à jaillir du volcan.

Eric avait retrouvé les occupations qui lui avaient fait défaut durant une dizaine d'années : l'hippothérapie où il se remit à promener et à soigner le cheval, le travail manuel, la cuisine où il aimait préparer les gâteaux... au chocolat, le jardinage, les promenades dans la campagne, les commissions dans une grande surface, une visite occasionnelle au restaurant en compagnie de son éducateur référent, l'une ou l'autre excursion et même des cours de judo adapté qui lui permirent avant tout de retrouver une souplesse perdue. Toutes ces activités l'aidaient à se reconstruire, à retrouver le moral et... à reprendre du poids.

Les parents remarquèrent également que l'arrivée, au sein de son groupe, d'un nouveau résident ou membre du personnel ne provoquait plus ces profondes perturbations connues depuis toujours et un changement d'activité causé par les conditions climatiques n'était plus source d'énervement. Bien sûr, Eric interrogeait encore, de nombreuses fois, les éducateurs quand un des leurs devait s'absenter pour une maladie, un repos d'accouchement ou quelques jours de congé. Sans être réellement inquiet, on le voyait quand même satisfait lors du retour de la personne absente. Un seul vrai point noir subsistait néanmoins, les chantiers entrepris dans le bâtiment étaient toujours difficilement acceptables pour lui, car ces travaux touchaient à cet environnement apprivoisé qui le rassurait. Conscient, le personnel le rassurait. La plupart des éducateurs avaient été formés à l'école de Madame Demarke et ils savaient que la sérénité et le sourire étaient les meilleures clés pour entrer en contact avec un résident énervé. Lorsqu'une crise d'angoisse se déclenche chez une personne autiste, il faut pouvoir garder son calme, il est inutile de venir ajouter sa propre inquiétude à la sienne, cela rend la situation encore plus difficilement gérable.  

De même pour comprendre les réactions d'une personne autiste, il faut toujours avoir à l'esprit que celle-ci souffre également de troubles du comportement, c'est sa maladie et il faut l'accepter comme on accepte la difficulté à se mouvoir d'une personne handicapée physique. Aussi, mieux vaut-il ne pas s'impliquer dans son encadrement, si on n'a pas compris ou si on ne veut pas admettre son mode de fonctionnement. Trop de personnes considèrent encore ceux qui souffrent de ce syndrome uniquement comme des violents ou des délinquants et privilégient la punition au dialogue qui est, il est vrai, plus difficile, demande plus de feeling et plus d'investissement personnel.

Au début de l'automne, le docteur Lambert avait rendu visite aux Acacias. Il avait évoqué le passé médical d'Eric avec un ergothérapeute. Celui-ci l'avait écouté avec attention, prenant de nombreuses notes. Après cet entretien, il avait été voir son patient, non dans un parloir au chauffage défaillant, mais bien dans la chaude ambiance de son groupe de vie. Contrairement à la "Villa des Rêves", les Acacias n'avaient rien à cacher et le personnel était probablement heureux de montrer à une personne extérieure le travail réalisé dans la maison. A son retour, il déclara à Sylvain et Céline qu'il était enchanté de cette visite, qu'il avait trouvé du personnel attentif à leur fils et qu'il l'avait rencontré en très grande forme. Il est vrai que depuis son arrivée, il avait non seulement retrouvé ses repères mais, lors des retours en famille, il faisait preuve de plus de maturité et donnait, pour la première fois, l'impression de se comporter en adulte.

Rien ne pouvait désormais entacher le bonheur de Sylvain et de Céline, encore très pessimistes au début de l'année. Ils avaient désormais l'espoir en des jours meilleurs mais... le bonheur est fragile : un événement inattendu allait bientôt précipiter les Acacias dans la plus profonde des tristesses. La vie ne peut jamais être basée sur des certitudes.

(à suivre)

T.S. décembre 2014. Toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.  

 

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