03/12/2014

L'installation aux Acacias 49

Par un beau jour d'été.

Eric ne resta pas très longtemps à la maison, trois semaines après leur rencontre, comme elle l'avait promis, Madame Demarke leur téléphona afin de leur annoncer la nouvelle tant espérée, leur fils était admis aux "Acacias". Dès qu'il fut mis au courant, Frédéric Lamy proposa son aide pour peindre et aménager la chambre. On prendrait sa camionnette pour transporter le matériel, les peintures, l'échafaudage.

Sylvain et Céline se rendirent dans un magasin afin de choisir le mobilier et on le fit livrer aux "Acacias".

Le samedi matin, quand ils arrivèrent à proximité de l'institution, Sylvain demanda à Frédéric Lamy de s'arrêter. Frissonnant légèrement sous les caprices d'un vent léger, les champs de blé s'étendaient à perte de vue. Au milieu de ce paysage champêtre, oasis de verdure et de sérénité, le clocher de l'ancienne chapelle des "Acacias" se dressaient, telle une sentinelle protégée par un bouquet d'arbres. Lorsqu'il était venu précédemment, Sylvain n'avait pas remarqué la similitude qui existait entre cette demeure et celle des "Jours Meilleurs". D'agréables souvenirs, mélanges de fêtes, de rires et de chants remontèrent du fin fond de sa mémoire.

               - "Si Eric pouvait enfin trouver ici la sérénité et la joie de vivre !".

Frédéric Lamy avait-il lu dans ses pensées, il le regarda et dit :

               - "Je crois qu'il va être ici très bien, lui qui aime tant la nature. Après ce qu'il vient d'endurer, il l'a bien mérité !".

Ils étaient attendus par le personnel et on leur montra la pièce qui serait dévolue à ce nouveau résident. La large fenêtre ouvrait sur un jardin, au loin, derrière un rideau d'arbres, on entendait un âne braire. Ils travaillèrent toute une journée pour qu'Eric puisse avoir une chambre confortable car c'était son petit chez soi et il fallait qu'il s'y sente comme chez ses parents. La directrice des "Acacias" avait d'ailleurs insisté pour que des photos rappelant la maison, la famille ou sa région soient placées sur les murs. Celles-ci représentaient le lien concret rattachant l'enfant à ses parents.

Aux "Acacias", on travaillait pour apporter le bonheur à la personne autiste, certainement pas pour l'écarter de ceux qui l'aimaient. Ici, on ne se substituait pas aux parents, on les accompagnait en échangeant des informations sur les expériences heureuses ou malheureuses vécues, ce qui permettait d'adopter une attitude commune face à certaines réactions, parfois inattendues, du résident. Ici, on se réunissait chaque fois que le besoin s'en faisait sentir et le carnet de contact était considéré comme l'outil indispensable à l'échange d'informations entre la maison et l'institution. Ici, le docteur Lambert qui connaissait le patient depuis son plus jeune âge et le médecin de famille restaient des interlocuteurs privilégiés, car on savait qu'on avait tout à apprendre d'eux. Leurs rapports seraient toujours lus avec attention et, sans devoir annoncer sa visite, le docteur Lambert pourrait toujours pousser la porte de l'établissement et rencontrer Eric lorsqu'il en avait la possibilité. Ici, le dossier médical n'était pas classé Top Secret et la farde était placée dans le sac de retour afin que les parents puissent prendre connaissance du résultat des visites chez le généraliste, le dentiste ou autre spécialiste. Concrètement, on fonctionnait avec tout le professionnalisme espéré par les parents mais aussi avec beaucoup de compréhension pour la personne handicapée.  

Le lundi, ils allèrent le conduire. Eric semblait impatient de découvrir ses nouveaux "copains". Les paroles prononcées tout au long de la route n'étaient plus teintées d'angoisse mais de cette excitation positive de celui à qui on a promis un cadeau, celle de l'enfant qui va rencontrer Saint-Nicolas !

Il affichait un grand sourire quand l'éducateur vint à sa rencontre. Il partit avec lui comme s'il l'avait toujours connu.

D'emblée, la confiance, premier pas vers le bonheur retrouvé, s'installa. Sylvain et Céline avaient presque oublié cette notion si importante de la vie en société. Ils étaient désormais convaincus que le temps gommerait les moments difficiles connus à la "Villa des Rêves" et quand les souvenirs s'estomperaient, ils retrouveraient le garçon joyeux, rieur qui se précipitait vers eux aux soirs de retours en famille, à la descente du bus scolaire. Comme cela était le cas, il y a douze ans... un siècle... pour ainsi dire une éternité !

Une grande partie de la matinée fut consacrée à la confection du dossier administratif en compagnie de l'assistante sociale et de la responsable des éducateurs. Quand on leur demanda ce qu'ils attendaient de l'institution, ils résumèrent leur attente en ces quelques mots : "Qu'il soit heureux !". Tout se passait dans la bonne humeur, dans une ambiance détendue, autour d'une tasse de café et de biscuits, un accueil chaleureux qu'ils n'avaient plus rencontré depuis le temps des réunions aux "Jours Meilleurs". Avant leur départ, on ne manqua pas de leur remettre une grille des activités, ainsi, chaque jour, Sylvain et Céline sauraient ce qu'Eric était en train de faire. La pensée est un lien invisible mais si important entre la maison et l'institution !

En fin de matinée, en reprenant le chemin du retour, ils avaient tous les deux l'impression qu'un poids immense venait de disparaître car cette fois ils savaient Eric en sécurité, entouré d'un personnel prêt à le rassurer. Ils allumèrent l'autoradio, ils avaient enfin le cœur à écouter de la musique !

(à suivre)

T.S. décembre 2014. Toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.

09:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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