02/12/2014

Chapitre IX : un air de mélodie du bonheur ! 48

Changement de cap !

Quelques jours après avoir reçu la correspondance de l'inspection des institutions certifiant qu'Eric conserverait son agréation s'il rejoignait un nouvel établissement, Sylvain et Céline retirèrent leur fils de la "Villa des Rêves". On était au début de l'été et un séjour à la maison serait certainement plus bénéfique qu'une présence dans un lieu qui ne lui convenait plus et où il était malheureux.

Quand on lui expliqua qu'on allait rechercher une nouvelle maison, il ne protesta pas, au contraire, pour la première fois depuis bien longtemps, ils virent fleurir un large sourire sur son visage amaigri aux yeux cernés. Cependant tout ne s'effaça pas en un coup de baguette magique : la peur du bain ou de se trouver seul dans sa chambre, le tremblement des mains, le clignement incessant des yeux, les moments de tristesse ou l'impérieux besoin de parler furent encore au menu de chaque journée mais... tout cela allait decrescendo. Peu à peu, en retrouvant ses repères, il se stabilisait. On refit tout d'abord de petites promenades et on allongea progressivement le parcours, on retourna admirer les vitrines des magasins et on recommença à colorier même si le trait de crayon était fort saccadé ! Une activité ne put être réalisée, la visite des musées car, face aux mannequins, il était pris d'une véritable panique !

La solution recherchée vint par le truchement de la télévision. Dans le cadre d'une opération de solidarité organisée chaque année en faveur de personnes handicapées, ils virent un reportage effectué au sein d'une maison accueillant une bonne vingtaine d'autistes adultes. La directrice parlait de ses "petits protégés" avec une telle sincérité, une telle affection qu'elle leur fit penser à la direction et à l'équipe éducative des "Jours Meilleurs". Le lendemain, ils prirent contact avec la responsable des "Acacias" et lui expliquèrent en quelques mots la situation qu'il venait de vivre.

              - "Il est inconcevable que vous viviez cela encore longtemps. Venez me rencontrer avec Eric, le plus rapidement possible" leur dit-elle.

Le rendez-vous fut pris pour la semaine suivante. 

Lorsqu'ils arrivèrent aux "Acacias", ils furent littéralement accueillis les bras ouverts. Comme si elle l'avait toujours connu, une éducatrice prit Eric en charge de façon à permettre aux parents de faire le long récit commençant à la naissance de l'enfant, passant par la découverte du problème dont il souffrait, évoquant son parcours parfois chaotique en institution, décrivant ses forces et ses faiblesses, ses joies et de ses peines. Ils ne négligèrent aucun détail et l'entretien dura près de trois heures.

La directrice, Madame Demarke, interrompit celui-ci pour les inviter à dîner. Eric les attendait dans la salle-à-manger. Après le repas, ils s'entretinrent encore deux longues heures, s'attardant principalement sur les événements qui avaient marqué ces derniers mois. A la fin de cette biographie fouillée, Sylvain et Céline étaient fatigués mais heureux d'avoir pu libérer tout ce poids qu'ils traînaient depuis tant d'années. Jamais pareille conversation n'aurait eu lieu à la "Villa des Rêves" où le directeur était un adepte du monologue puisqu'il considérait être le seul à posséder le Savoir. Ils avaient l'impression d'avoir vécu une séance de psychothérapie sous le regard bienveillant d'une personne qui comprenait la souffrance de ses semblables. Celle-ci les avait écoutés sans les interrompre et de ce qu'elle leur dit, ils retinrent le principal :

              - "C'est la vie, mes bons amis, aux jours de joie succèdent ceux de tristesse, l'expérience de la maladie est souvent révélatrice des vrais amis. On ne soigne pas des personnes handicapées uniquement avec des médicaments mais aussi avec le cœur, énormément de patience et beaucoup d'affection...".

Le discours était à l'image de la personne, sincère, humain, fraternel. Sylvain et Céline furent subjugués par la gentillesse qui émanait de cette dame et il souhaitèrent vivement que leur fils puisse être accepté dans cet univers où la compréhension semblait être la valeur primordiale. Le père d'Eric pensa même que certains prétendus spécialistes es-autisme auto-proclamés dont Céline et lui avaient croisé le chemin par le passé auraient eu intérêt à suivre une formation auprès de Madame Demarke. Eux qui croyaient détenir l'unique vérité en matière d'accompagnement de personnes autistes, eux qui, souvent, se gonflaient comme la grenouille de la fable, incapables de dialoguer, d'écouter les autres, eux qui monologuaient du haut de leur petit nuage, imbus de leur personne, ces gourous subjuguant les plus faibles auraient appris le langage simple mais riche de la personne formée au contact des cas sociaux difficiles et leur égo surdimensionné auraient peut-être été ramené à une dimension plus acceptable. On en apprend chaque jour au contact des personnes autistes, dire qu'on a fait le tour de la question est tout simplement prétentieux ou totalement ridicule ! 

Le soir, heureux de cette rencontre, Sylvain et Céline ouvrirent le tiroir de l'imaginaire armoire de la Vie et y rangèrent définitivement la "Villa des Rêves", la très mal nommée, leur pire cauchemar ! Pour la première fois depuis des mois, Eric s'endormit sans dire un mot et passa une nuit paisible.

(à suivre)

T.S. Décembre 2014 Toute reproduction non autorisée sans l'accord de l'auteur.  

09:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Les larmes coulent à la lecture de ces nouvelles lignes.... vous seuls savez pourquoi ... Madame Demarke

Écrit par : sophie | 02/12/2014

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