28/11/2014

Un don embarrassant ! 45

           L'hospitalisation n'avait causé aucun souci, Eric avait été impeccable. Dans sa relation avec le personnel, il avait même fait preuve d'une certaine maturité. Il accueillait les infirmières avec le sourire, ne semblait pas presser de retourner à la maison, encore moins à l'institution ! Le séjour en clinique avait ressemblé à quelques jours de vacances.

Les parents se disaient que le contraste était saisissant lorsqu'ils se remémoraient l'attitude connue au moment des fêtes de fin d'année, un état fortement perturbé mais de courte durée. Était-ce réellement l'envie de passer le réveillon avec les autres résidents qui avait provoqué une telle agitation ou une autre raison qui leur échappait. Eric semblait extrêmement résistant à la douleur. Que ce soit pour un piqûre, un vaccin, des soins dentaires ou lors de son accident au camp de vacances, jamais on ne l'avait vu pleurer ou geindre. Il existe cependant une différence entre résistance et insensibilité et les moments de grande nervosité, voire d'agressivité n'étaient-ils pas tout simplement les signaux qui traduisaient une grande souffrance ? Sa façon à lui de nous lancer un appel à l'aide ? Désormais, Sylvain et Céline seraient attentifs à ces fluctuations d'humeur.

Quelques semaines plus tard, Céline reçut un appel téléphonique, il émanait d'une vieille dame qu'elle rencontrait parfois lors de ses promenades et qui lui demandait toujours des nouvelles d'Eric.

              - "Pourriez-vous passer me voir avec votre époux, j'ai une proposition à vous faire concernant votre fils" lui dit-elle.

Rendez-vous fut pris pour le lendemain. Que pouvait bien vouloir cette dame à leur fils ? Au téléphone, elle avait été avare d'explications.

A leur arrivée, elle les accueillit avec un sourire bienveillant.

              - "J'ai appris par une voisine que votre garçon était dans une institution, je suis occupée à préparer mon départ pour une maison de retraite et comme, hélas, je ne puis emporter la totalité du mobilier, j'ai décidé de faire don de ces petits fauteuils, du guéridon, de la petite table du hall d'entrée et de quelques chaises à cette maison... Je suppose que cela leur fera plaisir".

Les parents furent agréablement surpris par cette offre inattendue.

               - "Surtout ne me dites pas que cette maison n'a pas besoin de meubles et si c'est le cas, eh bien, ils peuvent toujours prendre contact avec un antiquaire ou un brocanteur, cela leur fera une petite rentrée financière !".

Le mobilier, en très bon état, correspondait au style de la maison bourgeoise qu'était la "Villa des Rêves" aussi Sylvain lui demanda-t-il un délai de réflexion, le temps de prendre contact avec la direction de l'établissement.

               - "Prenez tout votre temps, vous savez... je ne pars pas demain" leur dit-elle en les raccompagnant sur le pas de la porte.

Mis au courant de l'offre, Mr. Dufaut accepta les meubles tout en faisant remarquer qu'il fallait trouver une solution pour les apporter.

               - "Ce n'est pas grave, je vais louer une camionnette" lui répondit Sylvain, heureux de pouvoir faire plaisir.

Deux jours plus tard, il embarquait les meubles et prenait la route.

A peine avait-il parcouru deux ou trois kilomètres que son portable sonna. Malgré la mauvaise qualité de la communication, il reconnut le ton autoritaire de Mr. Dufaut.

               - "Ce n'est pas ce matin que vous devez nous apporter les meubles de cette vieille dame ?" lui demanda-t-il.

               - "Oui et... je vais d'ailleurs arriver chez vous dans quelques minutes, je suis à mi-route !".

               - "Il vaudrait mieux venir un autre jour car nous ne pouvons vous recevoir !".

Sylvain sentit une sourde colère monter en lui. Depuis deux jours, ils étaient d'accord sur la date et l'heure de sa venue, il avait loué un véhicule à ses frais, il avait chargé avec l'aide d'un voisin les meubles et voilà qu'on lui disait de tout annuler. Il était de bonne composition mais il ne fallait quand même pas abuser de sa bonté.

               - "Cela va aller très vite, je suis chez vous dans dix minutes et il en faudra pas plus de dix autres minutes pour tout décharger".

               - "Je suis navré que vous le preniez sur ce ton mais je vous signale qu'il n'y aura personne pour vous aider, nous avons autre chose à faire !" lui dit sèchement Mr. Dufaut qui n'avait probablement pas l'habitude qu'on discute ses ordres.

A son arrivée, il fut obligé de sonner plusieurs fois avant qu'une éducatrice ne vienne, en courant, lui ouvrir la grille donnant accès à la propriété.

               - "On m'a dit que vous deviez tout déposer devant la porte du garage et qu'on allait s'en occuper quand on aurait le temps" lui dit-elle avant de disparaître aussi rapidement qu'elle n'était venue.

Il n'eut même pas l'occasion de demander des nouvelles d'Eric ! Cela lui tenait pourtant à cœur.

Les quatre fauteuils, la petite table, les six chaises, le guéridon et le petit meuble-secrétaire, tout cela était bien lourd pour un seul porteur surtout lorsqu'on n'est pas habitué aux déménagements. La "Villa des Rêves" était calme, trop calme, on aurait dit qu'elle n'était pas habitée.

Sylvain était loin d'imaginer que le mobilier ne prendrait jamais place dans le bâtiment et qu'il resterait des mois dans une petite remise avant d'être déposé aux encombrants !

(à suivre)

T.S. novembre 2014 toute reproduction même partielle non autorisée sans l'autorisation de l'auteur.

09:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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