27/11/2014

Un nouveau séjour à l'hôpital 44

De nouveaux soucis !           

             Le jour de l'An, les premières personnes qu'ils rencontrèrent et à qui ils présentèrent leurs vœux furent les Lamy. Etonnés de l'absence d'Eric et mis au courant des événements de la veille, ils furent sincèrement peinés et invitèrent les parents à se joindre à eux pour le petit repas de fête qu'ils avaient préparé.

Le week-end suivant, lors de son retour à la maison, le jeune autiste était étonnamment calme. Il n'évoqua pas son retour précipité, il ne fit aucune référence à un quelconque réveillon à la "Villa des Rêves". Les occasions de s'amuser étant devenues très rares pour lui au sein de l'institution, son silence parut anormal. Peut-être s'était-il couché à l'heure habituelle, les parents ne préfèrent pas creuser le sujet, on ne pouvait pas changer le cours des choses.

Le mois de mars débuta par une nouvelle qui eut le don d'inquiéter Sylvain et Céline. Eric avait passé une visite médicale et le praticien leur avait fait parvenir une lettre les informant qu'il était important de prendre rapidement rendez-vous avec un chirurgien afin de réaliser une exploration plus approfondie de la jambe. Ils furent surpris car jusqu'alors Eric ne s'était jamais plaint de la moindre douleur. La visite au cabinet du Docteur Duhayon se passa sans anicroche, leur fils se laissa facilement examiner par cet homme très patient, à la voix très douce, qui avait été informé au préalable de son état.

Le diagnostic révéla une lésion relativement bénigne au niveau des ligaments du genou et confirma la nécessité d'une intervention chirurgicale pour empêcher que le mal ne s'aggrave. Dès le lendemain, on prit rendez-vous avec l'hôpital, on réserva une chambre particulière et, au moment de l'admission, le lundi suivant, on informa le personnel hospitalier du syndrome dont souffrait Eric.

Durant la semaine qui précéda cette entrée à la clinique, Eric questionna souvent ses parents, sans pour autant faire preuve d'inquiétude :

                  - "Je vais bientôt aller à l'hôpita' ?"

On aurait dit qu'on lui avait réservé des vacances dans un hôtel. Le jour fixé, c'est avec un grand sourire qu'il franchit le tourniquet et prit possession de sa chambre comme il le faisait à son arrivée dans l'appartement qu'ils louaient pour les vacances.

                  - "Tu vas te déshabiller, mettre ton pyjama et ensuite, je vais regarder ta jambe" lui dit l'infirmière en entrant dans la chambre, tandis qu'elle tentait, tant bien que mal, de dissimuler derrière elle la seringue nécessaire à la piqûre préparatoire à l'intervention.

                   - "Tiens, regarde par la fenêtre, on voit les voitures passer au loin !".

Eric ne fut pas dupe, il regarda la main de la jeune femme, aperçut la seringue et demanda :

                   - "Tu vas me fai' une piqû ?".

La dame en blanc sourit :

                    - "Je préfère que tu le prennes comme cela" dit-elle en adressant un regard complice à Céline.

L'intervention dura un peu plus d'une heure, l'absence d'Eric parut relativement longue aux parents qui tuaient le temps en regardant, eux aussi, "passer les autos au loin" !

A son réveil, Eric se montra joyeux et réclama rapidement à manger. Il fut assez difficile de lui faire admettre qu'il était important d'attendre quelques heures en raison de l'anesthésie, même si celle-ci avait été légère. Anesthésie, ce mot ne représentait rien pour lui : il avait bien dormi et maintenant qu'il était réveillé, il avait faim. Après deux heures, durant lesquelles on parvint à le distraire grâce à la télévision et ses dessins animés, il reçut une petite crème à la vanille qu'il avala goulument. On peut dire que ce petit pot était arrivé juste à temps car une émission culinaire venait de débuter à l'écran !

Quand il quitta l'hôpital, deux jours plus tard, le personnel du service s'était rassemblé pour lui dire au-revoir. On entendit une infirmière murmurer :

              - "C'est un chou !"

Ces mots n'avaient pas échappé pas à Eric, avec une petite moue, il regarda Sylvain et s'exclama :

              - "Je suis pas un chou moi, je suis un ga'çon '.

Ils partirent d'un éclat de rire.

La convalescence dura deux semaines. De temps à autres, il regardait le bandage qui entourait son genou et disait :

                        - "On a opé'é la jambe d'E'ic".

Les points de suture enlevés, il put retourner à l'institution où l'éducatrice qui l'accueillit en l'absence du directeur ne fit aucun commentaire, ne posa aucune question, ne demanda aucun renseignement sur le déroulement de l'opération et l'hospitalisation. Lorsque Céline lui remit l'enveloppe contenant le mot du médecin, elle dit simplement :

                         - "C'est pour mettre dans son dossier médical ?".

Quand on est amené à faire face à ce genre de question, il n'y a qu'une seule solution possible  : une profonde inspiration !

Les parents, une fois encore, furent choqués par le manque d'intérêt porté à cet événement par ceux qui s'occupaient quotidiennement de leur fils et en qui ils devaient mettre toute leur confiance, une confiance qui était de plus en plus ébranlée !

Cette attitude désinvolte alla rejoindre bien d'autres faits dans un dossier contentieux, encore virtuel, dont les parents n'imaginaient pas l'ampleur qu'il allait prendre !

(à suivre)

T.S. novembre 2014   Toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.

09:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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