24/11/2014

C'est au pied du mur... 41

De nouvelles relations s'installent.           

            Contrairement au système en vigueur aux "Jours Meilleurs" où les rencontres avec le personnel enseignant se déroulaient très régulièrement, à la "Villa des Rêves", les réunions de parents étaient très rares. La plupart du temps, ils se saluaient en se croisant dans le couloir ou sur le parking au moment des retours en famille. La direction de l'établissement préférait les recevoir individuellement pour répondre à leurs questions. A chacun de ces moments de "convivialité" assistaient le directeur et son adjointe, une dame qui devait avoir à ses yeux une très grande qualité professionnelle : elle ne le contrariait jamais, elle était d'accord avec lui sur tous les points !

Céline et Sylvain furent donc surpris lorsqu'un beau matin, un courrier leur parvint les invitant à une soirée festive organisée à l'intention des familles des résidents.

Réunis autour d'un verre et de quelques pâtisseries confectionnées par la cuisinière et les résidents, après s'être présentés, les invités eurent droit au discours d'un président du conseil d'administration qu'ils rencontraient pour la première fois, entouré du directeur, de son adjointe et de personnes inconnues qu'on désigna sous le vocable d'administrateurs de l'asbl. Retraçant l'historique de la maison ouverte depuis plus de six ans, les informant du nombre important de demandes d'hébergement composant la liste d'attente, évoquant la fragilité des finances malgré les subsides perçus, la participation financière des familles ou les dons provenant de particuliers et de services-club, il conclut son intervention par la présentation d'un ambitieux projet. 

L'ancienne maison de maître possédait une conciergerie, un garage et un vaste logement pour les domestiques, ces lieux étaient inoccupés depuis plus de deux décennies. Il était envisagé de les aménager afin d'y transférer les locaux d'activités, les bureaux, la salle-à-manger et la cuisine tandis que le bâtiment principal n'accueillerait plus que les chambres des résidents. Ce projet permettrait d'accueillir quelques résidents supplémentaires, ce qui devrait générer des rentrées plus importantes, condition essentielle pour équilibrer le budget et assurer la pérennité de l'institution. L'appel était lancé aux familles, l'asbl comptait sur eux pour les aider dans ces travaux, la situation financière ne permettant pas de faire appel à des entreprises.

Quelques parents répondirent positivement à cette demande, elle ne pouvait apporter que plus de confort à leurs enfants. D'autres prirent un air ennuyé en expliquant que tous leurs loisirs étaient occupés et qu'il leur serait impossible de prendre part à une groupe de travail. On fixa les journées de travail durant le week-end de non-retour en famille et pendant la période des congés.

Dès le mois suivant, Sylvain et Céline participèrent, comme aux "Brindilles", à ce chantier de rénovation. Il y avait plus de quinze ans que Sylvain n'avait plus chargé une bétonnière, porté une brouette, rejointoyé un mur, mastiqué des vitres. Au soir de la première journée de travail, il prit conscience du temps qui était passé car son dos le fit souffrir.

               - "Un manque d'entraînement !" lui dit joyeusement Céline qui avait pourtant du mal à masquer une grimace en raison de courbatures.

Au rythme d'un week-end sur deux, le chantier allait durer une quinzaine de mois. Quatre ou cinq couples formaient une petite entreprise dans laquelle les qualités de chacun étaient exploitées. Débutant dès neuf heures, ils s'octroyaient une pause bienvenue vers une treize heures. Sous un des vieux pommiers du verger aux jours d'été, dans le garage chauffé par un petit radiateur au cœur de l'hiver, comme tous les ouvriers du monde, ils faisaient "mallette", plaisantant, riant, unis par un même objectif : le confort de leurs enfants ! La fin de la journée coïncidait avec la baisse de la luminosité, ce qui signifiait qu'en été, ils auraient largement mécontenté plus d'un délégué syndical respectueux de la durée du travail.

Pendant la durée du chantier, régulièrement, Mr. Dufaut vint les rencontrer, leur apportant un thermo de café, des biscuits, parfois même des sandwiches, plaisantant ou les félicitant pour l'avancée du travail. Par la force des choses, en contact régulier avec le personnel, ils firent, peu à peu, la connaissance de quelques éducateurs. Ils eurent progressivement l'impression que les relations entre eux et l'institution passaient au beau fixe !

La rénovation principale terminée, ils espacèrent leurs venues mais se rendirent rapidement compte qu'une grande demeure exigeait un entretien régulier et décidèrent de se partager les interventions nécessaires en fonction de leurs aptitudes. L'un s'y connaissait en plomberie, l'autre en électricité, un troisième aimait peindre ou tapisser. Céline confectionna des rideaux et des tentures, éléments importants pour la décoration mais surtout pour une bonne isolation des bâtiments. Pour les fenêtres de la chambre d'Eric, elle avait choisi le même tissu que celui qui garnissait sa chambre à la maison.

Le bâtiment de la "Villa des Rêves", ainsi restauré, semblait désormais bien porter son nom. Et pourtant...

(à suivre) 

T.S. toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.

09:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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