22/11/2014

A la villa des rêves, les "incidents" se succèdent 40

            Depuis l'arrivée d'Eric à la "Villa des Rêves", ils ne connaissaient de l'établissement que le parloir dans lequel ils étaient reçus, les autres locaux leur semblaient inaccessibles.

Un jour, ils sollicitèrent de la part du directeur, l'autorisation de pouvoir se rendre dans la chambre de leur fils, Céline désirait faire l'inventaire des vêtements afin de remplacer ceux qui présentaient un peu d'usure. Cette demande parut déranger Mr. Dufaut. Avec un sourire forcé, il leur répondit :

             - "Si votre fils était marié, iriez-vous, lors de visites chez lui, voir dans ses armoires si rien ne manque ?".

Ils avaient envie de déclarer :

            - "Mille regrets, Monsieur Dufaut, notre fils n'est pas marié et ne le sera malheureusement jamais. Il est en minorité prolongée et nous sommes ses tuteurs légaux, il est donc naturel de se renseigner à propos de l'état du linge que nous fournissons".

Ils préférèrent ne rien dire pour ne pas envenimer la situation, néanmoins ils insistèrent.

             - "On programmera cela lors d'un prochain retour en famille" leur fut-il finalement répondu, sans aucune aménité.

Ils attendirent un mois avant d'être autorisés à se rendre dans la chambre d'Eric. C'était un lundi matin, jour de retour dans l'établissement, et cette visite se fit sous la surveillance constante du directeur qui resta dans l'encadrement de la porte. Ils constatèrent que le petit lieu de vie qu'ils avaient aménagé trois ans auparavant pour que leur fils se sente un peu chez lui avait changé d'aspect. Disparues leurs photos, celles de la maison et de Fringant, absentes les petites voitures de collection, les murs étaient désormais totalement nus. On ne découvrit pas davantage le lecteur et les cassettes. Dans le tiroir du petit meuble, Céline remarqua que les livres à colorier, les pochettes de crayons mais aussi les paquets de biscuits n'avaient même pas été entamés. Sous le regard du directeur qui surveillait chacun de leurs faits et gestes, elle reprit, sans rien dire, les produits alimentaires depuis longtemps périmés.

Monsieur Dufaut s'adressa soudainement à eux :

               - "Vous semblez étonnés de voir que les murs sont vides, sachez qu'il a tout enlevé lui-même, tout mis à la poubelle. Il a tiré un trait sur son passé, coupé le cordon ombilical qui le reliait à vous, c'est pour moi une preuve de progrès et de maturité, notre équipe trouve cela très positif".

A la maison, Eric conservait une chambre bien rangée où rien ne manquait. Régulièrement il époussetait ses petites voitures et les remettait à leur place. Chaque chose composant ce petit musée semblait lui évoquer des souvenirs, jamais un seul objet n'avait pris le chemin de la poubelle, jamais un seul n'avait été détruit. Parfois, assis à son bureau, il observait l'entièreté de la pièce semblant réaliser un inventaire silencieux de tout ce qui s'y trouvait.  Face à ce "hiatus", les parents se demandèrent si c'était réellement lui qui avait voulu rompre avec son passé, allant jusqu'à détruire la photo de ses parents ou... si on l'avait aidé à se défaire de tout ce qui lui rappelait sa maison, sa famille !

                - "Cette chambre ressemble désormais à une cellule, il n'y a plus que le strict minimum, un lit, une armoire, un bureau et un fauteuil, un décor spartiate" pensa Sylvain.

Ouvrant l'armoire, ils découvrirent des pulls troués, rétrécis par les lavages, pliés sommairement. De nouveau, sans émettre la moindre réflexion, ils les remplacèrent par les vêtements neufs qu'ils avaient apportés.

Dans les yeux d'Eric, ils crurent lire de la tristesse mais dès que le directeur posa son regard sur lui, il baissa la tête, se leva et sortit de la pièce.

Tout le long du chemin du retour, les parents restèrent silencieux, chacun craignait probablement d'attrister l'autre en faisant part de ses impressions. Il y avait bien longtemps pourtant qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes. A partir de ce moment, un sentiment d'inquiétude vint les habiter. Eric était-il heureux à la "Villa des Rêves" ?

(à suivre)

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