21/11/2014

Le bonheur est parfois au coin de la rue ! 39

Une rencontre inattendue.

                  La succession de sombres périodes, parfois rapprochées, auxquelles le couple devait faire face pouvait faire croire que la vie de Sylvain et de Céline ressemblait un à long chemin de croix les obligeant à traîner, jour après jour, le lourd fardeau de la tristesse. Toutefois, leur existence était loin de celles qu'on découvrait dans les romans d'Emile Zola ou de Victor Hugo. Pour chaque individu, la vie est faite d'une alternance de peines mais aussi de joies. Chagrin et gaité, l'un ne va pas sans l'autre. Peu à peu, après de multiples hésitations, les parents d'Eric avaient décidé de profiter au maximum des moments où la joie était au rendez-vous. Ils étaient soutenus en cela par le docteur Lambert qu'il rencontrait régulièrement. Ils avaient l'occasion d'évoquer les progrès d'Eric, de lui demander conseil face à des situations vécues ou d'appréhender, en sa compagnie, les périodes de plus grande angoisse.  

La présence d'Eric à la maison était presque toujours synonyme de moment de fête. Leur fils était affectueux et toujours prêt à rendre service. Il avait le cœur sur la main ainsi lorsqu'il recevait une friandise, un gâteau, sa première réaction était de partager avec ses parents, ses éducateurs ou les autres résidents. Il était avant tout heureux du plaisir qu'il offrait aux autres ! 

La souffrance morale des parents résidait dans l'absence de contacts sociaux, de relations amicales. Un sentiment de solitude les envahissait lorsque le jeune autiste repartait pour une quinzaine en institution. La maison redevenait étrangement calme. Si Sylvain passait ses journées au bureau, Céline devait faire face à cette impression de vide. Elle remplissait à la perfection son rôle de mère et d'épouse attentionnée, elle consacrait une bonne partie de son temps à entretenir et à décorer leur habitation, à jardiner, à tondre les pelouses, à soigner fleurs et plantes qui embellissaient les abords de la maison. Elle mitonnait de bons petits plats dont elle avait le secret, préparait des confitures ou se confectionnait robes et ensembles, la couture n'ayant aucun secret pour elle. Pour meubler les longues soirées d'hiver, pendant que Sylvain regardait la télévision ou faisait des mots croisés, elle tricotait des pulls et écharpes pour toute la famille.

La maison nettoyée, le ménage terminé, elle avait l'habitude de se rendre régulièrement en ville afin de faire du lèche-vitrines, parcourir les grands magasins, y acheter laines et tissus. Cependant, son but inavoué était de briser la monotonie des journées passées dans un village dortoir où on ne rencontrait pratiquement personne. Le plus souvent, elle se retrouvait seule à l'arrêt du bus.

Ce jour-là, une dame de son âge qu'elle n'avait jamais vue auparavant vint la rejoindre et entama la conversation :

              - "Cela me fait plaisir d'enfin rencontrer quelqu'un ! A cette heure de la journée, les hommes sont partis au travail et le quartier est bien calme. Nous venons d'arriver dans le village car mon mari avait toujours rêvé d'acheter et de rénover une fermette. Vous voyez...  la petite ferme située tout au bout de la rue ? Ce n'est pas le travail qui a manqué mais, le plus gros est derrière nous, nous avons emménagé, il y a deux semaines".

Un échange de banalités s'engagea et dura jusqu'à l'arrivée du bus. Parvenues en ville, elles se séparèrent tout en promettant de se revoir.

Quelques jours plus tard, le couple invita Sylvain et Céline à visiter leur fermette. Celle-ci avait été transformée avec goût, les Lamy avaient souhaité conserver l'âme de ce vieux bâtiment tout en lui redonnant une seconde jeunesse. La cuisine équipée, l'éclairage, les électroménagers, la décoration, tout y avait été intégré de façon à ne pas créer d'anachronismes. L'accueil des nouveaux occupants fut des plus chaleureux. On se présenta, on parla de tout et de rien comme c'est souvent le cas lors d'une première prise de contact. Les hommes parlèrent profession, les femmes tricot et cuisine. Tout naturellement, Mme Lamy interrogea Céline :

                 - "Vous avez des enfants ?"

Lorsqu'elle expliqua le problème d'Eric, Céline resta très réservée, tant de personnes l'avaient déçue par le passé, tant de gens avaient souvent montré une fausse pitié qu'elle préféra ne pas entrer dans des détails. Mais Mme Lamy et son mari étaient de braves gens, ils comprirent probablement la souffrance cachée des parents et ne les questionnèrent pas davantage. Céline et Sylvain ressentirent dès cette première rencontre un courant de sympathie à leur égard. Cela leur fit chaud au cœur !

A partir de ce jour, ils se revirent régulièrement. S'invitant mutuellement. ils passèrent d'excellentes soirées le plus souvent autour d'une bonne table. Lorsque le temps le permettait, ils allaient faire de longues promenades dans la campagne. Grâce à Mr. et Mme Lamy, Céline et Sylvain redécouvrirent ce qu'était l'amitié : une présence discrète, un soutien sans faille, une aide sur laquelle on pouvait toujours compter en cas de coup dur.

(à suivre) 

T.S. Toute reproduction même partielle  non autorisée sans l'accord de l'auteur.

 

 

09:01 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.