18/11/2014

Une visite qui dérange ! 36

            Il y avait un peu plus de six mois qu'Eric résidait à la "Villa des Rêves". Le groupe des résidents s'était progressivement étoffé, ils étaient désormais huit ou neuf adultes, garçons et filles, dont l'âge variait entre vingt et vingt-six ans.

Sylvain et Céline souhaitèrent que le docteur Lambert qu'ils consultaient régulièrement puisse découvrir le cadre de vie de leur fils. Celui-ci accepta avec empressement :

             - "C'est une excellente idée, des amis habitent un village voisin, avec mon épouse nous nous y rendons régulièrement, j'aurai donc l'occasion d'y passer".

Quelques semaines plus tard, il décida de faire une surprise à Eric.

Après avoir franchi la grille du parc qui était grande ouverte, il sonna plusieurs fois avant qu'une jeune fille ne vienne entrebâiller la porte d'entrée. Lorsqu'il se présenta et déclina le but de sa visite, celle-ci lui répondit :

               - "Je suis désolée, nous ne pouvons vous recevoir, vous devez avertir, au préalable, la direction de votre venue, je n'ai reçu aucune instruction vous concernant !".

Il eut beau expliquer qu'il était le psychiatre et qu'il soignait Eric depuis près de vingt ans, elle bredouilla encore quelques mots et referma la porte. Il s'en retourna, un peu vexé de cet accueil pour le moins glacial !

Pour ne pas les tracasser, il se garda bien, lors de la consultation suivante, de relater cette mésaventure aux parents, mais ceux-ci l'avaient apprise de la bouche même du directeur avec ce ton habituel trahissant son agacement :

               - "Le médecin qui soigne Eric - je n'ai pas retenu son nom - est venu pour le rencontrer et nous n'avons pu accéder à sa demande. Le personnel a reçu des consignes strictes, compte tenu de leurs problèmes et des conséquences que pourrait avoir une visite sans que nos résidents y soient préparés, nous ne dérogeons pas à la règle fixée. Préalablement à toute visite, il est important qu'on prenne rendez-vous, cela vaut également pour les parents, je dois vous l'avoir dit lors de l'une de nos premières rencontres et répété lors d'un entretien téléphonique ".

Une nouvelle fois le ton était sans appel, cependant Sylvain et Céline réagirent, Eric connaissait le docteur Lambert depuis l'âge de trois ans, il l'avait peut-être plus côtoyé durant son existence que certains membres de sa famille. Sylvain se laissa emporter :

               - "Croyez-vous qu'il faille adopter une attitude aussi intransigeante ?".

               - "Absolument, pour le bien de tous et... parce que c'est la règle de la maison, vous n'allez quand même pas contester notre règlement d'ordre intérieur".

Cette fois, le ton de Mr. Dufaut était sec, dénué d'amabilité.

Si au moins ce règlement existait sur le papier mais, jusqu'à présent, toutes les instructions avaient toujours été communiquées verbalement !

Quelques semaines plus tard, le médecin fut néanmoins autorisé à rencontrer son jeune patient, au cours d'un entretien limité à une dizaine de minutes en présence d'une éducatrice, dans un petit  parloir...dont le radiateur ne fonctionnait pas.

Il raconta sa visite aux parents, passant sous silence l'impression de malaise perçue à cette occasion, se contentant de dire qu'il avait trouvé Eric en bonne forme et qu'il semblait épanoui.

                - "Il m'a accueilli avec son grand sourire habituel. Il semblait heureux de me voir. Je crois que le plus important c'est qu'il aille bien et qu'il semble bien intégré dans son nouveau milieu de vie. J'ai brièvement fait la connaissance d'une de ses éducatrices mais on ne peut pas dire qu'elle soit causante, pendant toute la durée de l'entretien son regard ne cessa de se poser sur Eric et sur moi".

                 - "Vous avez connaissance de son nom ou de son prénom ?" interrogea Sylvain qui n'avait pas encore eu l'occasion de s'entretenir avec les membres du personnel, n'ayant des contacts qu'avec le directeur.

                 - "Non, elle s'est présentée à moi comme étant une éducatrice qui avait Eric de temps à autres, ce ne fut d'ailleurs pratiquement que les seules paroles que j'ai entendues d'elle".

L'incident fut classé.

(à suivre)

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