17/11/2014

Un premier contact difficile 35

Des parents impatients.

Levés aux aurores, ayant très peu dormi, Sylvain et Céline attendirent longtemps l'appel téléphonique promis, au point que le père d'Eric, impatient, décida de contacter lui-même l'établissement. On n'osait peut-être pas leur dire qu'Eric était angoissé ! Le téléphone sonna longuement avant qu'on ne décroche et la secrétaire parut surprise de sa démarche. Elle lui déclara que Mr. Dufaut, le responsable de l'institution, était en réunion et ne voulait pas être dérangé. Elle lui conseilla de rappeler un peu plus tard.

Si ce premier accueil lui avait paru assez bref, Sylvain ne se formalisa pas et attendit l'après-midi pour reprendre contact.

            - "Bonjour Mr. Dufaut, veuillez m'excuser de vous déranger mais... vous comprenez, nous sommes impatients d'avoir des nouvelles de notre fils, comment va-t-il ?".

             - "Mais il va très bien... Il n'y a aucun problème. Vous me semblez un peu angoissé, il n'y a aucune raison, votre fils est certainement moins inquiet que vous ne l'êtes" lui répondit le directeur, étonné.

             - "Vous savez, ma femme et moi devons nous habituer à cette absence de quinze jours, croyez-moi, cela nous paraît long et... ce n'est pas facile à vivre" tenta d'expliquer Sylvain, surpris par le ton assez cassant du directeur.

              - "Vous vous habituerez très vite, vous verrez, votre fils est un adulte maintenant, il n'a plus besoin de l'omniprésence de papa et maman. Bon... je ne peux pas m'attarder davantage, je dois rencontrer un membre du personnel" 

Sylvain capta un léger soupir tandis que son interlocuteur s'adressant à une autre personne dit : "Asseyez-vous, je suis à vous tout de suite".  Le directeur reprit :

               - "Avant de vous quitter, j'aimerais quand même insister pour qu'à l'avenir nous puissions convenir d'une heure pour les appels téléphoniques car nous avons de fréquentes réunions au sein de l'institution et je ne peux les interrompre continuellement. Si je me souviens bien, je crois d'ailleurs vous avoir spécifié, hier, que c'est nous qui vous appellerions". Cette fois, la voix du directeur laissait transparaître un léger agacement !

                - "Comprenez-bien que je ne souhaite pas vous interrompre dans votre travail, mais peut-être que, la prochaine fois, un membre du personnel pourrait nous renseigner ?".

                 - "C'est hors de question, ici, le personnel éducateur s'occupe exclusivement des résidents, je suis votre unique interlocuteur si vous désirez obtenir un entretien".

Le ton de Mr. Dufaut était cette fois sans appel.

Sa voix se radoucit pour déclarer :

                  - "Je vous confirme qu'il a été impeccable et que la nuit s'est très bien passée, il est dans le parc avec le groupe, allez, passez une bonne journée et ne soyez pas inquiets" et il raccrocha.

Sylvain pensa que gérer ce genre de maison procurait énormément de travail et que son coup de fil avait été donné à un mauvais moment.

Lors du premier retour en famille, Céline et Sylvain ne constatèrent aucun changement dans l'attitude d'Eric si ce n'est un problème d'endormissement, le premier soir, dont ils attribuèrent la cause à l'important changement qui venait de se produire dans la vie de chacun.

Les mois passèrent, les seules informations que les parents reçurent étaient distillées lors des réunions qui se tenaient au moment du retour en famille. Contrairement à ce qui était en usage aux "Jours Meilleurs", les rapports étaient toujours transmis oralement, la direction de la "Villa des Rêves"ne trouvant pas nécessaire la création d'un carnet de contact. Les parents appréciaient pourtant ce cahier où pouvaient s'échanger des idées, attirer l'attention sur les progrès réalisés, évoquer des expériences positives ou négatives. Comme leur fils ne semblait pas malheureux et qu'il progressait dans ses expressions verbales et en autonomie, ils considérèrent que tout allait pour le mieux et qu'il était même parvenu rapidement à s'intégrer à son nouveau cadre de vie, ils firent totalement confiance au personnel qui l'encadrait. Ils eurent même droit à une excellente nouvelle, la "Villa des Rêves" avait reçu son agrément de la part des autorités de tutelle et pouvait dorénavant bénéficier de subsides.

Ils se réjouirent de cette annonce, car depuis la malheureuse expérience vécue aux "Brindilles", ils savaient que la situation financière d'une institution déterminait en grande partie la qualité de l'accueil. Avec peu de moyens, certains établissements parviennent à faire des miracles mais la pérennité n'est jamais acquise et l'ombre d'une fermeture est toujours suspendue comme une épée de Damoclès.

(à suivre)

T.S. novembre 2014 toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.

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