10/10/2014

Les cauchemars ! 22

             Sylvain, la gorge serrée par un indicible sentiment d'angoisse, venait de faire pour la vingtième fois, au moins, le tour de cette bulle géante. Installée au beau milieu du jardin, elle était parfois diaphane, parfois totalement occultée. Il savait qu'Eric en était prisonnier et il cherchait désespérément une ouverture pour le rejoindre.

-            "Il est pourtant là, par moment il semble si proche de moi mais il ne répond pas quand je l'appelle !".

Sylvain apercevait en effet son fils, perdu dans un brouillard, il tendait les mains vers lui mais alors que leurs regards se croisaient, alors que celui-ci s'approchait lentement de lui avec un sourire, la bulle perdait soudainement de sa transparence, cachant à nouveau le garçon à ses yeux. Une profonde tristesse s'emparait alors de lui. Cette impuissance à pouvoir communiquer et ce contact impossible à établir faisait monter en lui une peur irraisonnée, provoquait un sentiment de vertige. Il transpirait abondamment et son cœur battait à tout rompre, il allait...

-              "Maman, i-a un méchant chin (chien)", Eric venait de les réveiller en sursaut.

Sylvain sortit de ce rêve qui venait souvent perturber ses nuits.

Il comprit qu'Eric avait également fait un cauchemar. Il y avait des périodes ainsi où les nuits étaient plus agitées.

-              "Le chin a mo'du E'ic" dit le garçon qui prononçait déjà mieux son prénom. Il était assis dans son lit, un expression de profonde frayeur dans le regard.

Il rêvait souvent de ce chien depuis qu'au cours d'une promenade, échappant à son maître, un animal de belle taille s'était précipité sur lui en aboyant. A cette occasion, il était resté tétanisé et depuis lors, le moindre aboiement le mettait mal à l'aise.

Sylvain et Céline le rassurèrent. Pour éviter qu'il ne retombe dans ce cauchemar, il l'éveillèrent complètement et ils furent obligés d'attendre un bon moment pour qu'il puisse se rendormir.

Depuis longtemps, les parents s'interrogeaient quant à l'origine de certains souvenirs de leur fils. A différentes reprises, il leur avait parlé de personnes connues ou inconnues qu'il semblait avoir rencontrées récemment ou de situations heureuses ou malheureuses qu'il avait vécues. Cela pouvait parfois leur paraître plausible mais des analyses approfondies des faits qu'il rapportait les confortaient dans l'idée qu'il ne pouvait avoir vécu ce qu'il racontait. Comme un autiste ne possède pas la faculté d'inventer des histoires, ni la possibilité d'aborder des choses abstraites, ils pensèrent que les évènements, évoqués dès le réveil et prolongés dans les conversations durant la journée étaient probablement les bribes d'un rêve effectué durant la nuit, séquelles d'un sommeil serein ou profondément perturbé.

Si c'était un rêve, ils remarquèrent que celui-ci pouvait conditionner positivement ou négativement son attitude durant toute la journée qui suivait et ils se demandèrent si leur enfant était capable de faire la distinction entre rêve et réalité. Est-ce que tout cela ne s'emmagasinait pas comme un vécu? Réalité diurne et rêve nocturne s'amalgamaient pour lui écrire une vie en continu. Cette hypothèse qui ne pourrait être vérifiée que sur un long terme expliquerait alors ses changements d'humeur inattendus. Il s'endormait parfois joyeux et se réveillait triste et vice-versa.

Notre subconscient accumule au fil du temps, durant des jours, des semaines, voire des mois, des évènements que nous avons bien ou mal supportés. Il reste, au plus profond de nous, quelques lambeaux de nos appréhensions, quelques vagues souvenirs de nos frayeurs et, une nuit, libérant soudainement son trop-plein, il nous concocte un de ces cauchemars qui nous pourrissent le sommeil.

Ils décidèrent d'évoquer leurs constatations lors de la prochaine consultation chez le docteur Lambert. Depuis le retour d'Eric aux "Jours Meilleurs", ils le rencontraient régulièrement.

(à suivre)

T.S. octobre 2014 Toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.  

11:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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