08/10/2014

Collaboration constante entre parents et école 20

L'institution "Les Jours Meilleurs" se spécialisa dans l'accueil des jeunes autistes. Elle créa pour eux une section plus conforme aux exigences de leur état. Le personnel fut formé à cet effet et les parents invités individuellement à rencontrer les différents enseignants afin d'entamer un travail de réflexion.

Pour être bien compris d'Eric, tous les intervenants devaient parler d'une même voix, réagir de la même façon face aux problèmes qui se posaient à lui. Tous admirent que les consignes données à un autiste devaient toujours être claires et identiques. La personne autiste ne peut être mise devant un choix car celui-ci est irrémédiablement générateur d'angoisse et d'énervement. Il faut éviter toute discordance dans les messages qui lui sont adressés. L'échange d'informations entre les parents et les éducateurs s'avérent indispensables, permanents afin que l'une ou l'autre des parties ne réédite pas les erreurs commises face à des situations déjà vécues. Dès lors, on instaura un carnet de contacts qui  devint le lien étroit entre l'école et le domicile.

Céline qui avait été obligée d'abandonner son emploi à mi-temps de secrétaire suite à la fermeture des "Brindilles" s'investit alors dans de longues recherches afin d'apporter un maximum de chances à Eric.

Il ne pourrait jamais lire car les mots n'avaient aucun sens pour lui ! Qu'à cela ne tienne, elle acheta des livres illustrés, enregistra les textes sur cassette et lui permit ainsi de suivre les histoires à partir des images et des commentaires.

Il n'était pas capable d'écrire ! Elle décida que le coloriage serait un autre centre d'intérêt. A force de patience, doucement, sans jamais élever le ton, ni s'énerver, elle affina les coups de crayon d'Eric qui fut, peu à peu, capable de mettre en couleur les innombrables cahiers qu'elle se procurait au rayon librairie des grandes surfaces.

Il était incapable de décoder une liste de commissions ! Quelle importance, elle emmena son fils avec elle dans les magasins, lui montra, en les nommant, chaque article qu'il fallait acheter. Après quelques temps, Eric fut parfaitement capable de trouver en rayon les produits souhaités. Mieux même, parmi les différentes marques, il savait laquelle choisir et ne se trompait presque jamais!

On remarqua que son incapacité de lire était compensée par une mémoire visuelle fabuleuse. Les journaux publicitaires déposés chaque semaine dans la boîte aux lettres eurent également une utilité. Céline les utilisait afin de demander au jeune autiste de désigner les articles qu'elle lui nommait. Quand il eut assimilé cette technique, elle les lui indiqua du doigt en lui demandant de les nommer.

Ces efforts accomplis, sous forme de jeu, quotidiennement à la maison ou au sein de l'école, permirent à l'enfant d'agrandir son champ de connaissance. Ces différentes actions répétées l'aidèrent également à mieux communiquer, à s'intéresser à un peu plus de chose et, en finalité, à repousser, progressivement, les limites de sa bulle.

On créa un petit magasin qu'on installa dans le garage et Eric devint, tour à tour, l'acheteur ou le vendeur.

Au fil du temps, les "titis" étaient devenus des "ta'teus" (tracteurs) et les "ti tous", des "p'tits tou's" (petits tours). Il réclamait souvent pour nettoyer "l'auto" ou la passer à "l'aspi'ateu'", attendait avec impatience son "bus", le lundi matin, pour aller à "l'école" et retrouver ses "copains". Le vocabulaire avait évolué mais il y avait toujours des "va" dans les prairies" et des "pou" dans les poulaillers.

Pour les profanes, tout cela pouvait paraître un très petit pas dans l'éducation, une futilité, mais représentait un énorme progrès pour lui et les premiers à en être conscients étaient ses parents, sa grand-mère "Mame" devenue, en un week-end, "Mamie" qui suivait ses progrès lors des visites du samedi et, bien entendu, le personnel des "Jours Meilleurs".

Lors des retours en famille, le jeune homme désormais âgé de treize ans, était beaucoup plus décontracté. Il semblait même mieux accepter les changements pour autant que ceux-ci ne soient pas trop importants. Il avait perdu cette manie de remettre à leur place les bibelots inter-changés durant son absence. Le coup de sonnette du facteur ou d'un livreur n'était plus source d'inquiétudes. Bien souvent, il s'endormait rapidement, sans avoir ce besoin de récapituler toutes les activités de la journée. Bizarrement, quand il croisait dans la rue Madame Delrivière et son fils, il ne prêtait aucune attention. Percevait-il inconsciemment l'animosité que cette personne nourrissait à son égard ?

(à suivre)

 

T.S. octobre 2014. toute reproduction même partielle non autorisée sans l'accord de l'auteur.

08:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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