07/10/2014

Chapitre VI : un changement de vie 19

             Lorsqu'une maladie se déclare, il est essentiel pour le médecin d'en rechercher l'origine et de poser rapidement le bon diagnostic permettant l'élaboration d'un traitement destiné à guérir la personne malade. Hélas, lorsque l'autisme est détecté, comme l'origine du problème reste toujours inconnue, il n'existe pas encore de traitement spécifique amenant une guérison totale et définitive.Tout au plus peut-on adoucir le problème en prévenant et calmant les crises d'angoisse et en restant à l'écoute constante de la personne souffrant de ce syndrome.

La panoplie des médicaments est également limitée, on y retrouve la "risperdone", les neuroleptiques, les sels de lithium, les stabilisateurs d'humeur, mais ces traitements ont leurs effets secondaires à court ou à long terme et il faut aussi tenir compte du phénomène d'accoutumance. D'autre part, certaines médications induisent des effets extrapyramidaux qu'il est nécessaire de corriger au moyen d'une autre molécule, sorte de spirale infernale tentée pour trouver l'équilibre parfait qui ne sera, néanmoins, jamais totalement acquis. Les traitements médicamenteux doivent absolument être accompagnés d'une prise en charge qui offrira à la personne autiste un environnement adapté à son état.

Après avoir lu une foule d'études et commencé à rencontrer les jeunes autistes, condisciples d'Eric, aux "Brindilles" ou aux "Jours Meilleurs", Sylvain fit sienne cette remarque souvent entendue : il existe pratiquement autant de formes d'autisme qu'il n'y a d'autistes. Une fois passé le choc de la découverte, il importait désormais d'aider leur enfant à vivre le mieux possible, malgré son handicap.

-            "Comme il ne semble pas encore exister de remède miracle pour apporter une solution à son problème, il est essentiel de créer un environnement dans lequel Eric pourra évoluer en toute quiétude" déclarèrent-ils en refermant les études consultées.

Inconsciemment, les parents devinrent les gardiens d'une sorte de bulle dans laquelle leur enfant semblait en sécurité, à l'abri des imprévus de l'existence, des aléas de la vie. Cette bulle était devenue leur maison, le lieu de résidence de leur petite famille. Ils ne se rendaient pas compte qu'en lissant le quotidien, ils se créaient une vie artificielle expurgée des situations inattendues qui font le piment de l'existence. Ils s'enfermèrent avec lui dans un monde parallèle !

Lors d'une visite chez le docteur Lambert, ils lui résumèrent ce qu'ils avaient retenu de l'autisme. Celui-ci est un trouble grave du développement cérébral, dont les causes peuvent être biologiques ou génétiques et même les deux à la fois. Il est une déficience et ne doit donc pas être classé dans la catégorie des maladies mentales. Il se découvre le plus souvent chez l'enfant avant l'âge de trois ans, touche environ un enfant sur mille, en plus grande proportion chez les filles que chez les garçons.

Il n'était plus question pour eux de jouer le rôle de simples parents, ils allaient devoir se transformer en "super-parents". Céline en était convaincue, Sylvain était angoissé devant l'ampleur de cette tâche. Il doutait parfois d'être capable d'apporter toute l'aide requise par l'état de son fils car il n'avait pas eu, lui-même, l'exemple du rôle paternel durant sa propre enfance. Eric, à lui seul, requérait un investissement quotidien nécessaire pour élever une famille nombreuse ! 

Ce n'était qu'un début mais profondément unis face à la souffrance de leur fils, Céline et Sylvain était parfaitement en accord sur cette décision. Ils pensèrent à l'avenir et déjà, comme tous les parents d'enfants handicapés, se demandèrent ce qu'il adviendrait d'Eric le jour où ils ne seraient plus capables de gérer le problème à cause de la maladie, de la vieillesse ou après leur disparition.

-             "Nous n'en sommes pas là" leur dit le docteur Lambert avec un sourire, pour les rassurer.

Un nouvel épisode de déprime apparut sans avertissement. Ce soir-là, au moment de s'endormir, Sylvain fut soudainement envahi par bien des interrogations. Quelle était donc la cause de tout cela ? L'enfant avait été désiré, attendu avec impatience, la grossesse s'était déroulée de façon harmonieuse sans le moindre malaise, l'accouchement avait été rapide, tout au plus avait-il fallu lui insuffler un peu d'oxygène pour qu'il puisse pousser son premier cri ? Était-ce la  raison ou était-ce une origine génétique ?

Constatant cet état, lors de la consultation suivante, docteur Lambert lui proposa de consulter un psychothérapeute.

Après l'avoir longuement écouté, celui-ci lui dit :

-              "Il est inutile de vous torturer, de vous culpabiliser, tout cela n'aidera en rien votre fils, il faut vous tourner vers l'avenir et adoucir au mieux son existence ! Remâcher, sans cesse, un problème n'apporte jamais aucune solution, il fige la personne ".

Mise au courant par la rumeur publique, Madame Delrivière avait découvert l'origine du mal :

-              "Sa mère a probablement fait une maladie du type rubéole durant sa grossesse, vous savez cela arrive encore souvent et... elle n'ose pas l'avouer ! A la garderie, j'ai eu des enfants au bord de la débilité, on m'a toujours dit qu'il fallait en rechercher la cause dans la famille, parfois même remonter à plusieurs générations ou aller voir chez les collatéraux". Elle ne savait pas que les grands-parents de Céline et de Sylvain étaient morts, très jeunes encore, durant les conflits mondiaux qui secouèrent l'Europe au cours du XXe siècle.

Mis au courant de cette sentence, Sylvaine et Céline se demandèrent s'il fallait aussi qualifier d'atavique, le manque d'empathie de cette personne. La langue de vipère a-t-elle, elle aussi, une origine génétique ? 

(à suivre)

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