23/09/2014

L'arrivée au foyer du nouveau-né 5

 

            L'infirmière entra dans la chambre. Eric pleurait. La sensation de faim est probablement une des premières ressentie par un nouveau-né et pour laquelle il se manifeste. Céline prit affectueusement l'enfant dans ses bras et le petit affamé se mit à goûter, pour le premier repas de sa vie, au lait maternel.

Sylvain profita des quelques jours durant lesquels son épouse se trouvait à la maternité pour dresser l'inventaire de tout ce qui était nécessaire à l'arrivée du bébé dans leur foyer, tâche totalement inutile car Céline, femme prévoyante, avait minutieusement tout préparé. Six jours plus tard, l'enfant faisait cette entrée tant attendue. Dès ce moment, la vie du couple allait être profondément bouleversée, ils étaient cependant loin d'imaginer à quel point !

Les premières semaines se déroulèrent normalement, les visites de parents et amis se multiplièrent, chacun y allant de son commentaire découvrant des ressemblances avec l'un ou l'autre.

- "C'est tout le regard  de sa maman" disaient les uns.

- "Oui, mais ce sont les yeux de son papa, regardez leur couleur" s'exclamaient les autres.

Taille, nez, bouche, menton cheveux... découpant virtuellement le nouveau-né, chaque famille semblait s'approprier la propriété génétique d'une partie de son petit corps. Ces remarques pourtant traditionnelles avaient le don de quelque peu agacer les jeunes parents. Eric prenait du poids, passait de bonnes nuits, Sylvain avait repris le chemin du bureau après deux journées consacrées aux formalités administratives, Céline s'occupait avec tendresse de l'enfant, le baignant, le nourrissant, le dorlotant, gestes naturels accomplis avec énormément d'amour. Lorsque l'enfant la récompensait par une "risette", cela accentuait encore ces nombreux instants d'un bonheur simple mais profond.

A la mi-janvier, il fut nécessaire de songer à la prochaine reprise du travail, le congé de maternité touchant à sa fin. Céline n'avait pas le cœur de confier son enfant à la crèche ou à une gardienne et, de son côté, Sylvain pensait secrètement la même chose, aussi quand ils abordèrent le sujet, c'est d'un commun accord qu'ils décidèrent qu'elle présenterait sa démission. Il ne vivrait qu'avec le seul salaire de Sylvain, mais comme ils disaient :

-  "Tout l'or du monde ne rend pas plus heureux".

Et le trésor pour eux avait pour prénom Eric. Ils s'installèrent dans l'idée que rien ne pourrait désormais bouleverser le bonheur qui venait de s'offrir à eux. Ils envisagèrent même la venue d'un ou plusieurs autres enfants.

Après quelques mois pourtant, on constata un changement dans les attitudes du jeune enfant, l'endormissement devenait de plus en plus difficile, dès qu'on le mettait au lit, il commençait à pleurer et tendait les bras lorsque ses parents se rendaient dans la chambre pour le consoler. A peine avaient-ils quitté les lieux que les pleurs reprenaient de plus belle. Gagnés par un sentiment d'impuissance, ils prirent rendez-vous chez le pédiatre afin de lui faire part de leur inquiétude à ce sujet.  Après une brève consultation, le diagnostic du médecin fut catégorique :

-   "L'examen clinique ne révèle rien de particulier, Eric est en parfaite santé. Ne cédez surtout pas, votre enfant est à l'âge des caprices, il veut simplement prolonger la période vespérale. Vous savez, il se trouve bien dans les bras de papa ou de maman, n'hésitez pas à le mettre au lit, fermez la porte de sa chambre et laissez-le pleurer, vous verrez bien il finira par s'endormir".

A contrecœur, il suivirent les conseils mais durant des jours, des semaines, leur fils continua à manifester son chagrin, sa peur peut-être d'être seul. On laissa une veilleuse allumée, la porte entrebâillée, rien n'y fit, il restait assis dans son lit, accroché aux barreaux et finissait par s'endormir totalement épuisé, les cheveux ruisselant de transpiration.

Désormais, l'approche de la fin de journée devenait une angoisse permanente pour le jeune couple, totalement désemparé face à cette attitude inexpliquée. Combien de fois par la suite, Sylvain se reprocha-t-il de ne pas avoir passé outre les conseils du pédiatre. Au lieu de le gronder, de se montrer inflexible, il eut sans doute été préférable de le prendre dans les bras pour le consoler, le rassurer ! Hélas, les conséquences d'un acte posé ne sont, presque jamais, prévisibles et il avait fait confiance à l'expérience du docteur.

(à suivre)

T.S. septembre 2014

 

09:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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